Don Quichotte

Avec ses 60% de négrette et 40% de syrah, cette cuvée a fait en son temps lever un sourcil aux puristes de l’appellation. Pensez donc, de la syrah à Fronton !
Créée en 1995, elle est toujours issue des mêmes parcelles de boulbènes caillouteuses, plantées en 1976 et récoltées à petits rendements.
Les grincheux ont depuis baissé pavillon.

Les vins à attendre

2019
94/100

Des notes de fruits mûrs et épicés, une pointe florale au nez.
Bouchez ample avec une belle architecture tannique, une finale reglissée, sur des notes grillées. Un vin long et rémanent. Attendre.

2018
92/100

Un nez plus frais, avec des notes mentholées, de la rose ; joli fruit en bouche, avec un équilibre aimable sur le fruit et les épices, une trame fine, des tanins bien satinés.

On peut ouvrir

2016
92/100

Un nez ouvert, sur le fruit un peu grillé, avec des notes poivrées.
Bouche bien ouverte, avec un fruité encore jeune, des tanins fondus, une finale sur le fruit.

2015
95/100

Nez aux senteurs de pruneau, de cerise noire, avec des épices exotiques, curry ; bouche structurée, profonde et concentrée, avec de beaux tanins matures, veloutés, une finale complexe.

2014
88/100

Nez sur des notes menthées, d’asperge ; bouche fraiche, tendue, avec des tanins aromatiques, bien allongés.

2012
90/100

Le nez est plus évolué, mais avec de la netteté : fruits cuits, tapenade. La bouche se montre svelte, avec du tonus et une finale sur des notes mentholées. La syrah prend le dessus.

2011
94/100

Nez ouvert, avec des notes épicées, poivrées, de la complexité ; bouche élégante, avec une aromatique fraiche, des tanins fondus, une allonge sur la jeunesse de fruit.

En pleine maturité

2010
96/100

Très aromatique, avec des notes d’eau-de-vie, de rose, de fruits exotiques; très complexe, avec une bouche riche, expressive, sur son plateau de qualité. Un vin intemporel, très personnalisé.

2009
96/100

Très mûr : pruneau, cacao, fleurs séchées. Gras et velouté, il dévoile un style un peu sudiste, une architecture tannique présente mais sous-jacente, très fondue. Finale aromatique, sur le fruit mûr.

2006
94/100

Belle aromatique secondaire avec des notes de sous-bois, fruits un peu grillés, épices, vernis. Bouche expressive, avec du fruit évolué, des tanins encore présents, avec des épices.

L’âge de la complexité

2000
96/100

Nez sur des notes montantes de cêpe, coriandre, avec une évolution positive. Bouche très lissée, élégante, encore jeune.
Un joli vin de gastronomie.

1998
93/100

Le nez est complexe, avec du cacao, des notes de sous-bois mentholées, une vraie identité. Bouche aromatique, légère, avec des tanins satinés.

1996
95/100

Joli tertiaire très ouvert, des notes de pinède, romarin, séveux ; bouche très expressive, avec un bel équilibre entre fruit et tension, jolie présence tannique encore jeune.

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Dégustation par Pierre CASAMAYOR
OEnologue - Physicien de l’atmosphère - Enseignant en climatologie et l’analyse sensorielle au DNO de l’université Paul Sabatier de Toulouse - Collaborateur à la RVF et au Guide Hubert
Publication dans la Revue des Vins de France / Mars 2023 page 64

Charly

Guide des Meilleurs vins de France 2026

Chaque année, la RVF désigne un vigneron
à suivre dans chaque région viticole de France.

Pour 2026, Jules Verhaeghe (Château du Cèdre) est le visage du Sud-Ouest.

« J’ai voulu saluer le courage de mon grand-père Charles, personnage audacieux de la France viticole comme le furent les Perrin, Tempier, Vernay… mais qui restera humble et discret, tout entier voué à la quête du meilleur pour son domaine. La parcelle historique greffée sur place en 1958 constitue la totalité de l’assemblage de Charly, malbec en vinification intégrale dans des demi-muids dont le chêne avait 300 ans. »

Jules Verhaeghe

Charly 2020

AOC Cahors
100% Malbec

La Tulipe Rouge : 97/100

« Un bouquet concentré et original, aux faux airs bourguignons, une matière en dentelle, et en même temps très concentrée, qui progresse avec dynamisme sur des tanins poudrés, aucune sensation chaleureuse mais une sensation de fraîcheur typiquement ligérienne. On s’égare, mais on est bien à Cahors, au cœur du GC, de ce qui se fait de meilleur au domaine. « Charly » est une véritable merveille qui prouve, s’il le fallait, la grandeur du Malbec sur les terres cadurciennes. »

Fabrice Beaugrand

Wine Enthusiast : 95/100, Cellar Selection

« Un vin parfaitement équilibré, impressionnant et élégamment concentré. Les notes fumées de ce vin révèlent une structure qui lui permettra de continuer à évoluer. »

Roger Voss

La Revue du Vin de France : 95/100

« Grand vin envoûtant. Un hommage vibrant à la noblesse du Malbec. »

Supreme de Thou 97
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Clos Thou

Jurançon
Suprême de Thou 1997

Feu et panache du doux

Ce matin-là, Denis Saverot arrive à la rédaction avec une bouteille dissimulée dans son sac. Impossible de l'identifier. Il fonce sur Pierre Citerne en salle de dégustation. Plusieurs vins du Jura sont alignés devant lui, les dégustations du Guide vert vont bon train en ce mois de mai. À l'abri des regards, Denis Saverot débouche sa bouteille de forme bordelaise masquée par une « chaussette » et sert deux verres.

Denis Saverot : Pierre, j'ai un vin pour toi ! À l'aveugle, bien entendu.

Pierre Citerne : Si c'est un piège, il présente bien... Quelle robe prometteuse ! Derrière ces vieilles dorures, on attend un liquoreux.

DS : Tu as raison de souligner l'éclat particulier de la robe.

PC : (Nez sur le verre) Truffe noire et mangue séchée. Si mes repères ne me trompent pas. On ne peut être qu'à Jurançon !

DS : En effet, ça sent vraiment la truffe...

PC : La bouche confirme. La liqueur est intense. L’acidité aussi. Il y a une touche pralinée et confite qui indique une certaine évolution, mais c’est la fraîcheur qui domine. La saveur est en parfaite cohérence avec le nez.

DS :  Ce qui me frappe, c’est ce lien intime entre la liqueur et l'acidité. Et puis cette finale montante.

PC : C'est peut-être cela le "feu" du jurançon, une notion qui revient chez de nombreux auteurs, notamment chez Colette qui évoque un « un prince enflammé » », ajoutant « impérieux, traître comme tous les grands séducteurs » ... Mais je fais comme si tu m'avais déjà donné la réponse, je m'avance peut-être.

DS : De mon côté, je le regoûte. Je trouve que l'acidité s’affirme de plus en plus.

PC : Cette flamboyance aromatique et celte vigueur de l'acidité... Allons, à y être, continuons l'exercice. À Jurançon, je serais dans le secteur de la Chapelle de Rousse.

DS : D'accord, je suis ton raisonnent. Mais queI âge donnerais-tu à ce vin Pierre ?

PC : Il m'évoque les cuvées du Clos Thou, les1995 ou 1996, mais tels que je les goûtais il y a dix ou quinze ans, lorsqu'ils avaient une quinzaine d'années. Il s'agit donc peut-être d'un millésime plus jeune, des années 2000 ? Comme les amis, on est parfois surpris de voir vieillir les vins qu'on a beaucoup aimés.

DS : Non, reste dans les années1990 ! Il s'agit bien d'un Clos Thou, cuvée Suprême de Thou 1997. Là, tu es impérial, Pierre.

PC : Comme quoi ! Il est resté plus jeune que ce à quoi j'aurais pu m'attendre. En plus, ce n'est pas un millésime particulièrement acide.

DS : Je l'ai acheté chez Alain Dutournier, aux Caves Marly. Chez cet immense connaisseur du Sud-Ouest, les vins sont stockés cinquante mètres sous terre, dans d'anciennes carrières où règne une humidité si forte que les bouteilles sont emmaillotées sous trois épaisseurs de film pour conserver les étiquettes 1

PC :  C'est exemple frappant de l’importance des conditions de conservation.

DS : Revenons au Clos Thou. Le producteur fait-il toujours ce type de vin ?

PC :  Oui, la cuvée Suprême de Thou existe toujours. Henri Lapouble-laplace persiste à produire des vins riches, des doux et des secs pleins de feu et de panache. C'est un style qui peut paraître anachronique mais auquel je suis attaché.

DS : Car au-delà du style, il y a, j'imagine, à Jurançon comme ailleurs une évolution vers le sec ?

PC : Il y a dix ans, à l'occasion d'une dégustation à l'aveugle, les producteurs de Jurançon avaient réuni deux tiers de doux et un tiers de secs. Aujourd'hui, c'est un tiers de doux et deux tiers de secs. C'est une tendance, pas encore une hémorragie... Les "traditions" sont fragiles, surtout lorsqu'elles impliquent des paris culturaux risqués et des coûts de production élevée. Même lorsque la grandeur du résultat est reconnue.